NOUS LES GALLOS Fabien Lécuyer ( 7 seizh)

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NOUS LES GALLOS Fabien Lécuyer ( 7 seizh)

Message  Tugdu le Ven 7 Déc - 12:42

http://7seizh.info/2012/12/06/nous-les-gallos/


Cet article est une tribune libre. La tribune libre est un article qui permet, dans la mesure du respect des autres et du bon sens, d’aborder des thèmes très divers. Vous pouvez réagir par les commentaires dans un objectif d'échange constructif.

Les gallos sont une population qui aura subi un double génocide culturel. Une double aliénation. Alors que la Bretagne connaissait son revival des années 70 les gallos étaient plongés dans la plus absurde des extravagances identitaires : ils étaient sensés redécouvrir une culture vernaculaire qui n’était pas la leur.

Basse-Bretagne über alles

« Brezhoneg, yezh ar vro » (« le breton est la langue du pays »), Stivell, la redécouverte de la « matière bretonne » et tout le tintouin des 70′s, les bretons découvraient qu’ils n’étaient pas qu’une bande de ploucs et que leur culture était riche et originale.

Malheureusement, tout cela a été vendus « en gros », sans nuance. La réalité identitaire à Spézet se devait d’être la réalité partout en Bretagne et prière de ne pas compliquer les choses.

Réécriture de l’Histoire

De là, l’Histoire de la Bretagne fût simplifiée au maximum : Le breton était « la langue de nos ancêtres » de Brest à Ancenis. La Haute-Bretagne, une terre à coloniser culturellement car parlant « français ». Depuis quand ? « Depuis que le breton n’y était plus parlé» bien entendu. Cette ridicule réécriture de l’Histoire donna, des années plus tard, l’occasion à Françoise Morvan et à d’autres de gagner de l’argent en écrivant quelques livres prospérant sur tant d’idiotie.

Le kyste gallo

Pauvres gallos que nous sommes. La « culture officielle » n’était déjà pas la nôtre mais voilà que la « culture rebelle », la « contre-culture », celle qui censément représente « l’âme du peuple breton », notre âme, celle qui nous entoure chaque jour, celle qui nous a forgé n’était également pas vraiment la nôtre.

La contre-culture devenue « culture bretonne » est celle de la Basse-Bretagne. Et la Haute-Bretagne, le pays gallo, la langue gallèse dans tout ça ? Un trou dans l’histoire, un kyste gênant, pour bien dire, une inconvenance, quelque chose qui ne doit pas exister.

Deux solutions pour les gallos : ou alors s’assimiler à « l’homo francus ». la culture officielle, la France Über Alles, le tricolore, Paris-ville-lumière, tout ça ou alors plonger dans « la culture bretonne » consacrée, bretonniser son nom et « s’inventer » une identité en papier mâché : Cornouaillesleontregorvannetais. Brezhoneg ! Brezhoneg ! « La langue nationale du peuple breton », « la langue de nos pères », « hep Brezhoneg breizh ebet » et patapoum.

Le gallo notre langue

Mais non en fait ! Nous les Gallos, notre langue c’est le GALLO. Qu’elle soit « laide », « plaisante à entendre », « affreuse à entendre », « typique », « savoureuse », « horrible », « patoiisée » et je ne sais quoi on s’en fout, c’est la nôtre, c’est notre langue. La langue de nos pères. Le Gallo ! Avec un grand G ! Le moindre mot, la moindre expression collectée à Plumaudan (22) ou à Barbechat (44) m’est plus précieuse que le plus magnifique gilet brodé d’un coin de Cornouailles car le gallo c’est MA langue et celle de mes ancêtres depuis au moins 300 générations ! Le Gallo c’est notre identité, comme l’est le palet sur planche, la galette-saucisse, le craquelin, la Loire, la Rance, la Vilaine, l’avant-deux de la Mézière et tout un tas d’autre chose grandes ou petites que le « revival » a oublié.

Rédéné qi caoze galo !

Alors oui on peut avoir de l’intérêt, de la tendresse, un amour passionné (c’est mon cas !) pour la langue bretonne, mais la langue vernaculaire des gallos est et restera pour toujours le gallo. L’Histoire est têtue camarade ! Bien entendu, le Breton a été parlé dans une moitié de la Haute-Bretagne à une époque. L’Est des Côtes d’Armor, région que je connais bien, est perclue de toponymes bretons. Effectivement le breton n’est pas une langue étrangère entre, en gros, le Penthièvre (22) et le Pays de Coislin (44), bien entendu que le breton a également une place historique dans cette « Bretagne médiane » qui couvre une bonne moitié ouest du pays gallo mais à part la frange extrême proche de l’actuelle frontière linguistique, tout cela remonte au IXème au Xè siècle, en gros aux calendes celtes. Et puis la Basse-Bretagne a également parlé gallo : les communes de Berné, la Feuillée, certains villages de l’île de Groix, Rédéné, Bubry ne sont pas de dignes représentants de la pure toponymie celtique. Alors quoi ? Il faut qu’on aille nous aussi manifester avec pancartes « galo, langue dou païz » dans le bourg de la Feuillée pour enfin se faire respecter ?

Jacobinisme gwenn-ha-du

Merde quoi ! Pour justifier le breton à Rennes ou à Nantes j’entends toujours « oui mais on a toujours parlé breton en Haute-Bretagne du fait des bas-bretons qui venaient s’installer ici ». Et alors ? Il n’y a jamais eu de gallésants à s’installer à Quimper ou Brest ? Les chemins, dans le temps, ça n’allait que dans un sens ? Les gallos n’ont pas été eux non plus chercher fortune à Guingamp ou Lorient ? Ca crevait de faim en Basse-Bretagne et passé Loudéac c’était la bamboula du matin au soir peut-être ? En fait, la France a créé une idéologie « le jacobinisme » que le mouvement breton s’est empressé de repeindre en Gwenn-ha-Du. « 2 langues nationales en Bretagne c’est trop ! » entend-on souvent. En Nouvelle-Calédonie il y en a une trentaine pourtant et ça n’a jamais dérangé le mouvement nationaliste kanak…

Les bouinous du gallo

Et puis il faut dire que les militants gallos n’ont rien fait pour donner un peu de vernis à leur langue et au pays gallo. Ah les bouinous ! Alors que les bretonnants écrivent des romans et éditent des dictionnaires de médecine ou d’informatique, les gallésants racontent des « istouéres ». Casquette de travers et hop, c’est parti sur les viaos et les biques ! La Haute-Bretagne doit compter le plus fort taux de conteurs des cinq continents et même d’ailleurs ! Alors comment veux tu faire une langue moderne de toute cette folklorerie ?

Eh bien elle existe cette langue moderne gallèse. Parce que certains n’ont jamais cessé de travailler dessus, de la conserver, de la développer comme un bien précieux. L’Abbé Buléon dans le Morbihan qui au début du siècle dernier organisait des « noëls gallos » et défendait « les deux langues bretonnes ». Emmanuel Hemery, Jean Choleau, André Bienvenue, André le Coq, Patrice Deriano, Mickael Genevée, Régis Auffray, Gilles Morin, Matao Rollo et j’en passe. Il y a toujours eu des gallos qui ont cru dans leur langue et qui l’ont mise à l’honneur…. tout en respectant et en parlant le breton.

J’entends parfois certains militants gallésants couinant sur tant d’injustice et réclamant « les mêmes moyens financiers pour le gallo que pour le breton ». Hey camarade ! Tu ne vois pas une légère différence de développement entre les deux langues ? Pendant que les bretonnants font des grèves de la faim pour leur langue que fais tu de ton côté ? Au boulot fainéant ! Traduit Nietzsche ou Harry Potter en gallo et ouvre des écoles entièrement en gallo au lieu de jalouser l’autre. Le jour où tu auras une demande sociale pour des écoles gallésantes en plein Finistère tu pourras la ramener.

Quand aux enfants gâtés du breton, qu’ils ne l’ouvre pas trop. Dans les années 20, l’état de la reconnaissance sociale et intellectuelle du breton était pratiquement au même stade que celui du gallo actuellement. Un homme a donné l’impulsion : Roparz Hemon. Sans lui et son oeuvre gigantesque vous en seriez encore à jouer « Buhez Santez-Babon » pour trois vieux mandigots du Léon.

23 lecteurs

A 7Seizh, nous avons fait notre choix. Nous prenons la Bretagne comme elle est ! En plus du français, chaque jour nous publions des articles en breton et chaque jour ou tous les deux-trois jours maximum, nous publions un article en gallo. Travail gigantesque ! Le moindre article en français fera 3000 lectures minimum. Un article en gallo où il faudra vraiment se creuser la tête pour rendre correctement certains concepts ne sera lu que par 23 personnes. C’est ma moyenne journalière pour le Gallo. 23 personnes. Nous sommes trois à écrire en gallo sur 7Seizh. Et 23 personnes suivent fidèlement nos articles. Oh, ça progresse, le premier article en gallo avait été lu par 2 lecteurs. Aujourd’hui on en est à 23/jours.

Eh bien, je paraphraserai Roparz Hemon (qui a été le premier à ouvrir la radio au gallo soit dit en passant) en disant que même si je n’écrivais que pour moi-même je continuerai à le faire tout de même. Pour le gallo et parce que je suis gallo et que le gallo c’est mon sang, mon air. Car je suis breton parce que je suis gallo.

Celtes contre celtes

Nos pères (dont le mien!) ont également été martyrisés par « l’école de la république » pour avoir laissé échapper un mot de gallo en classe. Chez nous ce n’était pas le « Symbole » mais le « Sou ». Combien de gallos arrivés à Paris ne savent pas parler français et se retrouvent en situation de choc culturel dans les années 30 ou 40 ? Les gallos ont subi l’aliénation des peuples minoritaires mais en double dose ! Parce que « la libération des années 70 » leur aura apporté une double honte. « Pas assez français » d’un côté, ils sont devenus « pas assez bretons » de l’autre. Et pas assez « celtes » aussi ? Mais qu’est-ce que cette histoire ? Le breton de Fougères ou de La Guerche est aussi celte et plus breton que le zigue de Landelo camarade ! Lui il est là depuis les gaulois ! Il n’est pas arrivé une main devant, une main derrière du Pays de Galles au Vè siècle sur un radeau en cailloux ! Lui c’est le taulier de son bout de granit depuis Astérix et même avant !

Bretons avant tout

Alors aujourd’hui, le temps de la stigmatisation à l’encontre des gallos est pratiquement révolu. Mais pratiquement seulement. Même au conseil régional il y aurait encore quelques zozos à souhaiter la mort du gallo…

Heureusement, à part ces australopithèques, les personnes défendant le breton et le gallo se confondent souvent. Ya !, l’hebdomadaire en breton a ouvert ses colonnes au gallo et, malgré les lettres d’insultes et des désabonnements, a défendu l’idée d’une Bretagne gallophone et brittophone. Que Yann-Fañch Jacq et l’équipe de Keit Vimp Bev en soit ici remerciés. L’institut de formation Stumdi a ouvert des formations en gallo et on donne même des cours de gallo dans certaines écoles Diwan et Dihun.

Cela n’empêche pas que nous les gallos avons encore une longue marche à accomplir pour retrouver pleinement ce qui fait notre essence. Car l’étude de notre culture, de l’histoire de la Haute-Bretagne et de notre langue est une terre en friche. Même l’histoire de la langue bretonne en Haute-Bretagne a été négligée. Pourtant elle pourrait être plus instructive et bénéfique pour le futur du breton que tous les discours crétins sur « la présence des bas-bretons à Rennes et Nantes depuis la nuit des temps ».

L’Histoire est têtue je le répête, la Bretagne a toujours été bilingue Breton-Gallo (puis français depuis un siècle et demi). C’est la réalité bretonne. Celui qui aime la Bretagne doit défendre et le breton et le gallo, qu’il soit à Plouguerneau ou à Ancenis. Ensuite à chacun d’apprendre, de parler et de promouvoir la langue (ou les langues) de son cœur, la langue de ses tripes.

Parce qu’un breton qui insulte la culture d’un autre breton ne mérite pas d’être appelé « breton ». Parce que quand même… en 2012…. alors que tout fout le camp de partout… ce mot-là… « breton »… il a encore un sens, bordel !

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Re: NOUS LES GALLOS Fabien Lécuyer ( 7 seizh)

Message  Tugdu le Ven 7 Déc - 12:50

2 lecteurs de gallo au début

22 maintenant .

la vérité maintenant Fabien : combien de lecteurs en moyenne pour un article en breton ?

---

sinon sur le fond je me reconnais dans ce texte avec une petite réserve :
la mémoire des populations est brève : même dans ce que tu nommes la bretagne médiane, en quelques generations, on oublie qu'un lieu a parlé une autre langue.

Mûr aujourd'hui se revendique haute bretagne, gallo etc.... mais elle a perdu le breton en 1945.

toujours est il que sur le fond c'est vrai , il y a un monopole du "marketing identitaire bas breton".
hors de cela point de salut.

qui connait le terme gallo ? qui sait que ses ancetres parlaient gallo ?

- dans La baule+° de ce mois :
un type ayant rédigé un bouquin sur les villas de Pornichet répond à la question
"pourquoi avoir fait si peu allusion à l'identité bretonne de pornichet" ?

il répond j'ai beau eu questionné autour de moi ": aucune personne m'a dit que ses parents ou grands parents parlaient breton .


: éh gars ! Pornichet a perdu le breton vers 1600 ! et le gallo ta ti oui dire de ce patoé mon ga?

le probleme a Pornichet c'est que bon nombre de personnes viennent d'ailleurs, ils n'ont pas de reticence à dire Pornichet en Bretagne
mais pour eux identité bretonne = Langue bretonne.

ya du boulot !!! ce n'est pas qu'une affaire de gallo/breton c'est aussi une affaire de perception limitée à la linguistique pour une identitée.
et là je ne suis pas d'accord : il y a plein d'autres facteurs
- l'histoire bretonne et dieu sait qu'elle est importante en pays nantais
- le gallo oui (ex le brièron)
- le breton aussi sur la frange cotiere et historiquement tout le quart nort ouest
- des habitudes culinaires , agricoles que sait je

....


....bref la Bretagne n'est pas uniforme , mais elle est unie graduellement , comprenne qui pourra ! malgré tout le seul lien réel de l'entité Bretagne c'est :
1) l'Histoire commune sur 1000 ans
2) l'extension maximale de la langue bretonne qui recouvre 4/5 du territoire

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