La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

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La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par Tugdu le Ven 25 Avr - 8:34

Hier dans le débat (un peu chaotique) sur le gallo, Fabien a parlé de la ligne Loth.
Il est avéré aujourd'hui que la ligne Loth est fausse depuis les travaux de Le Moing.
(qui pousse la ligne plus à l'est particulierement pour le pays nantais)

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Je remets ici l'excellent article fait par "Ar Barzh"/Gwenedal publié sur "feu" breujoù Breizh n°2

Quand est-ce que tu nous sors un livre Ar Barzh sur la toponymie bretonne du pays nantais ?
Tu es une encyclopédie vivante sur le sujet !
C'est dommage que toutes tes connaissances soient éparpillées sur des forums (et au compte goutte !)


--------------
La langue bretonne en pays nantais
Pour briser les idées reçues !


La langue bretonne est sans doute l’élément majeur de l’identité bretonne. Pour la Loire-Atlantique, l’opinion la
plus répandue est qu’on n’a parlé breton qu’à Guérande ; les habitants du Pays Nantais font figure de parents
pauvres de l’héritage celtique, et seraientd’indécrottables Gallo-Romains plus ou moins étrangers à l’ensemble breton, ayant au mieux reçu un vague vernis de bretonnisation par le passé. Pourtant l’étude du sujet nous révèle un tableau très différent que nous allons tenter de présenter au travers d’une série d’articles. Pour cette première partie, nous vous proposons de nous pencher sur la zone réelle où le breton fut parlé en Loire-Atlantique.

LA ZONE D’EXTENSION MAXIMALE DU BRETON EN PAYS NANTAIS

La ligne Loth
A la fin de XIXe siècle Joseph Loth, éminent celtisant né à Guéméné-sur-Scorff, entreprit de tracer la limite
d’extension maximale du breton en se basant sur la toponymie et sur la limite des noms en –ac et en –é (le
maintien de la finale –ac étant imputé à la colonisation bretonne). Ses résultats donnèrent pour le Pays Nantais
une ligne Derval-Blain-Donges. Pour l’ensemble de la Bretagne, c’est la fameuse ligne Mont-Saint-Michel -
Saint-Nazaire. Cette limite a depuis été reprise par de nombreux spécialistes, dont Bernard Tanguy qui la
présente encore en 2001 dans le livre « Parlons du breton » de l’association Buhez.

La ligne Le Moing
Jean-Yves Le Moing a publié en 1990 « Noms de lieux bretons de Haute-Bretagne », recherche basée sur
l’étude informatique de la toponymie. Ses résultats remettent en question la ligne établie il y a plus de cent
ans par Joseph Loth pour le Pays Nantais : bien plus à l’est, nous découvrons une ligne Sion-les-Mines, Issé,
Nort-sur-Erdre, Héric, Vigneux-de-Bretagne, qui rejoint la Loire à Bouée et non à Donges. Dans cette grande
zone, la densité de toponymes bretons est d'au moins 5% sur la frange orientale, et peut atteindre 85% dans
l’ouest de la presqu’île Guérandaise. Nous y ajoutons la partie occidentale du Pays de Retz au sud de la Loire,
qui comprend des toponymes bretons indiscutables (Coëtargand, Mindin, Paimboeuf, Penfour, Gourmalon,
Le Ménigou, etc ).

Une différence difficilement explicable
Les résultats de Le Moing dévoilent une vaste zone ignorée par Loth, avec une divergence de près de vingt
km vers l’est par endroits. On en vient à se poser de questions : comment peut-on manquer, pour ne prendre
que Nort-sur-Erdre, des toponymes comme Languin,Coëtzic, Gouvalou, Botru, Le Bézio, Crézou, etc. ? Voici
un étonnant cas de cécité toponymique qui ne se déclara qu’une fois le Semnon et la Vilaine franchis,
puisque la ligne Loth est parfaitement exacte en Ille-et-Vilaine, longeant le bord occidental de l’ancien évêché
de Rennes ! Nous attirons aussi votre attention sur la carte présentée en page 164 de l’ouvrage « Parlons du
breton », sur les noms en -ac et -é : elle n’est à l’évidence pas superposable à la ligne Loth (visible p.
165), qui néglige une zone où l’on trouve douze noms en –ac pour trois noms en –é ! Mystère des lois
mathématiques et des interprétations…

Le Pays Nantais, un cas particulier ?
Notre point de vue est que Joseph Loth s’est laissé influencer par le nom des communes dans sa recherche. Or en Loire-Atlantique, Jean-Yves Le Moing a démontré qu’une commune au nom roman ou gaulois peut afficher une très forte densité de noms de lieux bretons. En effet, qui penserait que Saint-Nazaire a une densité de toponymes bretons (30%) près de quatre fois supérieure à Saint-Brieuc (7,8%) ? Nous sommes loin des clichés.

Cela doit être mis sur le compte de la situation du Pays Nantais avant 851, date de son rattachement à la
Bretagne : ayant reçu un flot important de populations bretonnantes depuis le VIe siècle au moins dans sa partie
nord-ouest, mais étant resté sous domination franque, il aura développé un caractère particulier, comme
l’absence significative de noms en plou- (un seul avéré, Plessé) malgré une toponymie bretonne parfois massive.
Au nord (Dol, Saint-Brieuc), la situation aurait été inverse,des populations de langue romane auraient été sous
domination bretonne durant plusieurs siècles, d’où la formation de nombreuses paroisses en plou- suivie d’un
recul très rapide du breton au moyen-âge. On doit aussi considérer que dans la zone bretonnante du Pays
Nantais, de nombreux îlots de langues romanes subsistaient. Cela est confirmé par des documents du
Cartulaire de Redon qui donnent deux appellations, l’une romane ou gauloise et l’autre bretonne, pour un même
lieu (ex : à Lusanger, en limite de la zone romane, la villa Botcaman est aussi appelée Isartio).

Toponymes bretons en dehors de cette zone
Un examen attentif révèle la présence de noms de lieux bretons significatifs en dehors de la ligne Le Moing,
parfois très excentrés. Citons Languenou à Clisson, Coëtargand à Saint-Père en Retz, Kerrado à Saint-
Etienne de Montluc, Le Pondic et Quilly à Couëron, Le Roscouët à Mésanger, Le Loquidy à Nantes, Pinfaux à
Rocheservière en Vendée (en zone de marches), etc.

Nous faisons figurer cette information sur notre carte car elle démontre que la limite des 5% de toponymes bretons n’est en rien un rideau de fer, et que des installations de populations brittophones ont eu lieu dans une zone beaucoup plus vaste, y compris aux marches du Poitou.De plus, la situation actuelle n’est qu’une photographie ne tenant pas compte du remplacement ou de la disparition des toponymes incompris dans une zone où la langue romane s’est imposée depuis longtemps : ainsi le Cartulaire de Redon révèle au XIe siècle en Pays de Retz plusieurs toponymes bretons que l’on chercherait en vain aujourd’hui.

Cela prouve que la zone bretonnante dépassa la ligne Le Moing. Le nombre de communes présentant une toponymie bretonne résiduelle le long de cette limite, particulièrement en bord de Loire, est très révélateur.

Confirmation de la ligne Le Moing par un ensemble de faits :

Les noms de lieux ne sont pas la seule trace laissée par les populations brittophones dans le paysage nantais.
Plusieurs faits d’ordre culturel, linguistique et historique, viennent confirmer la ligne de Jean-Yves Le Moing. Nous
en avons dénombré quatre :

1. Mots bretons dans les parlers gallos du Pays Nantais
Le gallo de l’ancienne zone bretonnante comprend quelques mots bretons (ex : kik, « bidoche », du breton
kig, ou encore trinchon, « oseille », de trichin).En Loire-Atlantique, la zone touchée par ce phénomène
est très comparable à la ligne Le Moing, avec en plus la façade maritime du Pays de Retz, dont nous savons
qu’elle comprend une toponymie bretonne significative, et aussi une zone s’approchant près de Nantes au bord
de la Loire, fait plus étonnant.

2. Les frairies.
Cette organisation des paroisses en quartiers est particulière à la Bretagne. A l’est de la péninsule, elle ne
concerne que la zone où la langue bretonne fut parlée. Or en Pays Nantais la zone des frairies cadre presque
parfaitement avec la ligne Le Moing, à savoir qu’elle occupe une vaste partie nord-ouest, jusqu'au pays de la
Mée occidental et au cours de l’Erdre, et descend même jusqu’à Nantes. Le sud-Loire est ignoré. L’origine
bretonne des frairies est confirmé par les saints qu’on y honore : à Derval par exemple, pourtant très à l’est dans
l’ancienne zone bretonnante, quatre des huit frairies ont pour patrons les saints bretons Glen, Bily, Méen et
Guénolé.

3. Les champs ouverts
On observe les mêmes limites pour la zone où les cultures sont traditionnellement organisées en vastes
champs divisés en longues bandes, sans bocage, avec un habitat connexe sous forme d’alignements. Ces
grands champs sont connus sous le nom de maezioù (ou mejoù, ou mezeier) en Basse-Bretagne, d’îles dans
le gallo de la Presqu’île de Guérande (où l’on retrouve aussi des toponymes formés sur le breton maez-,
comme Mezerby, Mesquène, Le Mespy, Mesbérin, etc) de gagneries ou domaines dans le reste du Pays
Nantais. Le rapport avec la zone anciennement bretonnante est évident, et encore une fois la zone
concernée longe la Loire et L’Erdre jusqu’à Nantes.

Sur ce sujet des champs ouverts et des frairies, on peut se reporter à l’article de référence de Hubert Maheux, qui constate aussi la convergence des données agricoles, religieuses et linguistiques.

http://www4.culture.fr/patrimoines/patrimoine_monumental_et_archeologique/insitu/article.xsp?numero=5&id_article=d3-1587&qid=sdx_q0

4. L’évêché de Guérande.
Au milieu du IXe siècle, un événement singulier se produisit : l’évêque de Nantes Gislard, réfugié près de
Guérande, organisa une scission de l’évêché de Nantes avec la bénédiction de Nominoë. Il sépara pour ce faire «
toutes les paroisses nantaises de la région allant depuis le fleuve Erdre, jusqu’à la Vilaine et au Semnon », et put
maintenir ce pseudo évêché de Guérande jusqu’à sa mort. Voici notre zone des frairies et champs ouverts à
nouveau matérialisée par cette péripétie médiévale.C’était, à n’en pas douter, la zone où des populations
parlaient breton en Pays Nantais vers 850-900. Le fugace évêché de Guérande fut probablement une tentative
d’organisation religieuse de cet ensemble culturel.

Toponymie, histoire et faits culturels confirment que la zone bretonnante du Pays Nantais atteignit l’Erdre à son
apogée, bien à l’est de la presqu’île de Guérande, sans oublier la façade maritime du Pays de Retz.
Une vaste partie de la région s’inscrit dans le contexte breton du haut Moyen-Âge, au contraire de l’évêché de
Rennes qui semble ne jamais avoir été bretonnant. Nous avons aussi noté, dans le cas des champs ouverts, des
frairies et des mots bretons en gallo, que la zone «bretonne » atteint ou frôle Nantes, bien que cette ville
soit à environ vingt kilomètres de la région où Jean-Yves Le Moing a relevé plus de 5% de toponymes bretons.

Cet élément contradictoire a attiré notre attention, et sera développé dans notre prochain article : « la langue
bretonne à Nantes au Moyen-Âge ».
Pour finir, nous regrettons que la ligne Loth soit encore prise comme référence pour l’extension maximale du
breton : en 2007, il est grand temps de passer à la ligneLe Moing. Auteurs bretons et autres web masters, à vos
cartes !

Gwenedal
Carte de l’extension maximale du breton en pays nantais libre de diffusion.


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Re: La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par le córór de noetaéy le Ven 25 Avr - 9:03

En tant qu'étude sur l'influence maximum de la langue bretonne en pays nantais, tout ceci est fort intéressant. Ce dont je me méfie, c'est de l'exploitation politique qu'on en fait par la suite. Tant qu'on en reste à un niveau historique, c'est bien, maintenant si c'est pour prouver que le gallo n'a pas sa place à l'ouest de Nort-sur-Erdre, alors pas d'accord. D'ailleurs, à la même époque, ce n'est pas le gallo actuel qu'on parlait en Loire-Atlantique mais le britto-roman primitif qui était un dialecte de l'occitan. Si on veut revenir au IXème siècle, il faudra enseigner le vieux-breton et l'occitan! En 1870, les allemands s'étaient également servis d'études toponymiques pour tracer la frontière linguistique en 800 et s'en servir pour délimiter les zones à annexer au Reich. J'ai horreur de voir l'histoire au service de l'idéologie.

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Re: La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par Kemo le Ven 25 Avr - 9:13

Très intéressant.
Que signifie véritablement cette ligne ? A l'ouest de celle-ci les bretonnants étaient les plus nombreux ? ou bien constituaient-ils la classe dominante ?...

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Re: La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par le córór de noetaéy le Ven 25 Avr - 9:28

Kemo a écrit:Que signifie véritablement cette ligne ?

Cela signifie qu'à l'ouest de cette ligne, on trouve des bretons qui sont installés là. Cela ne prouve pas qu'il n'y a pas aussi des populations qui parlent le britto-roman primitif. Si on faisait le même genre de carte pour le britto-roman primitif, on irait vers l'est jusqu'au fin fond du Finistère. Si on doit faire la carte de tous les endroits où des bretons se sont installés, il faut au minimum faire une carte de tout l'hexagone. En Moselle, on trouve des Breistroff et des Brittendorf en zone germanique et des Burtoncourt en zone romane qui attestent qu'il s'agit là de colonies bretonnes. Il est tout à fait normal de trouver des colonies bretonnes dans toute la Loire Atlantique, vu qu'on en trouve jusqu'au Rhin!

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Re: La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par Kemo le Ven 25 Avr - 9:34

Oui, mais quelle est la différence entre l'ouest et l'est de cette ligne si les bretons et les romans étaient partout ?

Kemo

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Re: La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par Tugdu le Ven 25 Avr - 9:43

Comme d'habitude tu exageres Cororr.

Cette etude de Ar Barzh met en lumiere que le breton allait un peu plus à l'est que la ligne loth, c'est tout.

bien sur tu nous ressors ta soupe "le vieux-gallo etait parlé à ouessant"
"le breton etait parlé à strasbourg"
c'est nimporte quoi !
en plus tu atteints le point godwin à la vitesse grand V.(reich,nazi) carton rouge

trouve moi les communesen alsace où il y a plus de 5% de toponymes bretons (pas gaulois !)
contrairement à ce que dit Cororr, les communes où le pourcentage depasse les 5% ont eu une population sans doute importante qui parlait breton (quel pourcentage , on en saura jamais rien), pas 3 pelés et un tondu.
(5% ne veut pas dire que 5% des gens parlaient breton bien sur, la toponymie c'est comme des sediments, il y a des pertes ilmportantes siecle, apres siecle, surtout quand il y a changement de langue)

quant à savoir si ce sont des notables ou pas qui parlaient le breton , on en sait rien non plus.
les traces (cercles verts) correspondent à ce que dit Cororr, sans doute des etablissement épars de bretonnants.


en voulant defendre le gallo, tu jettes les breton avec l'eau du bain.

J'attends la venue d'Ar Barzh pour lire des choses posées, pas des emportements hystériques , je n'ai rien voulu interpreter politiquement ou linguistiquement en mettant cette etude ici . c'est un comble !

j'ai juste repensé à la phrase de fabien hier qui citait la ligne Loth.
La ligne Loth est dépassée, il faut prendre en compte la ligne "Le Moing" .
that's all!
setu tout

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Re: La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par le córór de noetaéy le Ven 25 Avr - 9:52

Tugdu a écrit:en plus tu atteints le point godwin à la vitesse grand V.(reich,nazi) carton rouge

je croyais que le fameux point Godwin concernait les nazis et le troisième Reich. Ce dont j'ai parlé se situe en 1870 et concerne le deuxième Reich. Tu vois des points de Godwin partout!

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Re: La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par Tugdu le Ven 25 Avr - 10:04

le córór de noetaéy a écrit:
Tugdu a écrit:en plus tu atteints le point godwin à la vitesse grand V.(reich,nazi) carton rouge

je croyais que le fameux point Godwin concernait les nazis et le troisième Reich. Ce dont j'ai parlé se situe en 1870 et concerne le deuxième Reich. Tu vois des points de Godwin partout!


je suis stupide (cf hier) mais pas completement con.
les etudes ayant servi en 1870 ont du servir en 1930 et quelques ...
de plus Reich pour un francais ça evoque avant tout les nazis.
et qui vient ici lire ?
des français.
qu'ils soient bretons ou autres amis minoritaires.

tu as pourri ce fil tres, trop vite.
alors qu'il ne se voulait absolument pas une suite de nos differents perso sur le gallo.
-
encore une fois je precisais une chose qui me tient à coeur dans ce fil : la ligne LOTH est vieillie et fausse.
pourtant nombre d'internautes et de chercheurs la reprennent partout.
donc il est bon de faire la pub des travaux de Le Moing. et de Ar Barzh si il édite quelquechose un jour ;-)

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Re: La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par Ar Barzh le Jeu 1 Mai - 12:43

Je récupère ce fil en cours de route.

Ce modeste article n'a d'autre prétention que de préciser en pays Nantais la zone géographique réelle où l'on trouve des traces tangibles (par la toponymie) de populations bretonnantes. Ce qui apparait est que la langue bretonne a été parlée un peu partout dans ce qu'on appelle aujourd'hui la Loire-Atlantique, y compris au sud de la Loire. J'ai travaillé sur une base de données d'envrion 100 000 toponymes qui n'est nullement exhaustive, mais permet tout de même un examen en profondeur.

Pour le reste, je ne doute guère qu'une exploitation politique de ces faits soit possible, de même d'ailleurs que la ligne Loth est utilisée par certains pour démontrer qu'on n'a jamais parlé breton à l'est de Blain et de Saint-Nazaire, ce qui est faux. Si certains veulent aller vers ce débat libre à eux, mais ce n'était pas mon but.

Mon but n'est pas non plus d'éradiquer la présence historique du gallo. Ici le sujet est la toponymie bretonne et la ligne Loth, point barre. Si quelqu'un parle de mon voisin plutôt que de moi, je ne pense pas automatiquement qu'il veut me tuer. Ou alors il faudrait me faire interner ! Sous prétexte de préserver le gallo, on ne va quand même pas s'interdire de parler du breton en Pays Nantais ?

Ce qui ressort de tout cela est une convergence étonnante entre la toponymie bretonne, qu'elle soit majoiritaire (ouest du Pays nantais), fréquente (centre) ou très rare (est et sud) et le fait que cet ensemble fasse effectivement partie de la Bretagne historique. Hors de cette dernière, point de toponymie bretonne sauf exceptions qui se comptent sur moins de doigts que l'on en a dans une main. Je fais des recherches hors de la Bretagne historique, sans succès pour l'instant : seuls Landivy en Mayenne, Pentale et peut-être Penly (> Penn Lis ?) en Seine-Maritime me semblent convaincants. Saint-Hilaire du Harcouët dans la Manche n'est pas un toponyme breton (dans cette région, "du" introduit le nom du seigneur. Ce n'est donc qu'un Saint-Hilaire dont le seigneur s'appelait Harcouët. Moi mon voisin s'appelle Coïc, eh bien il ne parle pas breton et tout mon quartier ne parle pas breton.)

Nous avons donc une sorte de confirmation des frontières définies par le traité de 851 ; là ce serait aux historiens de mener une réflexion là-dessus : si la Bretagne a perdu les territoires situés plus à l'est et au sud (Cotentin, Maine, Anjou, Bas-Poitou jusqu'au Lay) et si l'on ne trouve des toponymes bretons qu'à l'intérieur de la Bretagne de 851, ce n'est sûrement pas un hasard. Et là on retourne à la politique, mais la politique historique : il y a eu des installations de bretonnants dans TOUT le comté de Nantes. Etait-ce voulu pour confirmer la frontière de 851, ou au contraire 851 est-il la confirmation d'une réalité humaine antérieure ? On ne saura jamais : les clercs et auteurs de ce temps écrivaient en latin et ne se souciaient guère des langues vernaculaires. Ils étaient plus occupés à lécher le c** des puissants.

Pour répondre à Kemo, je ne sais pas plus que toi comment interprêter cette "limite". Je ne sais même pas si c'est une limite ou si c'est ce qui reste aujourd'hui d'un ensemble autrefois plus vaste : les toponymes vivent, meurent et disparaissent très facilement (y compris à l'heure actuelle où l'administration débretonnise le cadastre à qui mieux-mieux : Kerfourcheg rebaptisé La Fourche près de Pontivy, etc). Je serais tenté de penser que les langues romanes ont toujours perduré au sein de cette zone bretonnante nantaise : c'est pour moi la seule manière d'expliquer que des communes aux noms absolument pas bretons puissent présenter une profusion de toponymes bretons (= seigneur roman, paysans bretonnants ou bilingues). Ce cas est unique en Bretagne et touche particulièrement les communes d'Assérac, Pornichet, Saint-André des Eaux, Herbignac).

Seule certitude : un toponyme breton (= toponyme formé par des gens parlant la langue bretonne, si un marseillais appelle sa villa à Pénestin Ker Raymond-Marcel ça n'est pas un toponyme breton !) ne peut exister que si des gens ont parlé la langue bretonne sur plusieurs générations à l'endroit où on le trouve aujourd'hui. Particulièrement en zone rurale et en microtoponymie, où les noms de lieux sont un héritage oral.

Donc : au moyen-âge on a parlé breton à Nantes, on a parlé breton à Bourgneuf en Retz, on a parlé breton à Mésanger près d'Ancenis, on a parlé breton à Petit-Mars, on a parlé breton à Saint-Etienne de Montluc, etc. C'est tout ce que je peux dire. Combien de personnes et combien de temps, je n'en sais rien. Mais c'est tout de même une petite révolution face au dictat de la très fausse ligne Loth.

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Re: La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par le córór de noetaéy le Ven 2 Mai - 9:02

Ar Barzh a écrit:Donc : au moyen-âge on a parlé breton à Nantes, on a parlé breton à Bourgneuf en Retz, on a parlé breton à Mésanger près d'Ancenis, on a parlé breton à Petit-Mars, on a parlé breton à Saint-Etienne de Montluc, etc. C'est tout ce que je peux dire. Combien de personnes et combien de temps, je n'en sais rien. Mais c'est tout de même une petite révolution face au dictat de la très fausse ligne Loth.

Pour que ce soit clair pour tout le monde, tu devrais préciser "pendant le HAUT-Moyen-âge" ou "avant l'an 1000". Dans l'esprit de beaucoup de gens, le Moyen-âge, c'est uniquement la construction des cathédrales et la guerre de 100 ans. Beaucoup ne savent pas que le Moyen-âge a duré 1000 ans, de la chute de l'empire romain jusqu'à l'expédition de Christophe Colomb. De là ensuite à interpréter qu'on parlait breton dans les communes que tu cites à l'époque d'Anne de Bretagne il n'y a plus qu'un pas que certains étourdis peuvent franchir allègrement.

Tu devrais publier tes recherches (livre ou revues spécialisées). Les esprits sont lents quand il s'agit de prendre en considération de nouvelles recherches et de nouvelles données. Ce n'est pas demain la veille que les livres qui sortiront sur la frontière linguistique en Bretagne cesseront de prendre la ligne Loth comme référence, vu le poids que représente le personnage dans les études celtiques. J'ai moi-même déjà pu constater qu'il était très difficile de faire admettre dans le monde scientifique qu'un universitaire de renom s'était trompé. Il suffit de voir tous les dictionnaires étymologiques du français qui continuent à sortir et qui continuent à considérer Albert Dauzat comme référence et qui ne tiennent pas comptent des travaux de Jean-Marie Ricolfis sur l'origine celtique de centaines de mots qu'on continue d'attribuer au "francique".

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Re: La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par Tugdu le Ven 2 Mai - 11:11

oui cororr a raison, sans publication point de salut !(meme a l'epoque internet, le livre est encore la reference)
pourtant Le Moing a publié mais ce n'est pas encore rentré entierement dans les moeurs.

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Re: La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par Ar Barzh le Ven 2 Mai - 11:33

le córór de noetaéy a écrit: Pour que ce soit clair pour tout le monde, tu devrais préciser "pendant le HAUT-Moyen-âge" ou "avant l'an 1000" (...) De là ensuite à interpréter qu'on parlait breton dans les communes que tu cites à l'époque d'Anne de Bretagne il n'y a plus qu'un pas que certains étourdis peuvent franchir allègrement.


C'est pour ça que j'ai écrit : "Combien de personnes et combien de temps, je n'en sais rien".

Pour l'époque d'Anne de Bretagne je ne serais pas aussi péremptoire que toi : on a plusieurs témoignages directs sur la pratique du breton à Nantes à son époque (Alain Bouchard, Von Harff). Quant à Kerrado en Saint-Etienne de Montluc, c'est un toponyme breton moderne. Même pour Bourgneuf-en-Retz on peut se poser la question face à un témoignage : en 1439 le commerçant Guillaume Rodrigo de Guérande reçoit dans sa maison de Bourgneuf-en-Retz (ville dont il est originaire) Bernard Le Camus, des environs de Brest. Guillaume Rodrigo sera marié à Thepaine Quelo du Croisic en 1456. A cette époque à Guérande, au Croisic et à Brest, c'est le breton qu'on parlait (tout en étant bilingue dans ces milieux aisés : Bernard Le Camus avait été au service de Gilles de Rais et aurait été l'une de ses victimes). La question est donc : ce Rodrigo connaissait-il le breton et le pratiquait-il avec ses invités bas-bretons lors de leurs séjours à Bourgneuf ? Le parlait-il avec se femme croisicaise ? La connaissance du breton était-elle chose commune à l'époque dans les familles de commerçants hauts-bretons ayant des intérêts dans les zones bretonnantes ? Il s'agit d'un fait social certes anecdotique, mais qui suggère des pratiques polyglottes probablement plus fréquentes que ce que nous pensons en 2008 avec notre vision étriquée de monolingues de l'Ecole Républicaine. Un témoignage qui nous est parvenu pour combien de cas ? La Bretagne était une grande nation de commerçants bilingues, trilingues, voire plus. La connaissance du breton dans les zones romanes et dans des cas particuliers n'est donc pas à écarter.

En somme tout cela reste à analyser mais tu as raison : on parle a priori d'une période située autour de l'an 900 pour ce qui est de l'extension maximale. Ensuite je rappelle que le breton s'est maintenu en Pays Nantais, sur la base de témoignages écrits :

- jusqu'au XIXème siècle à Piriac, La Turballe, Saint-Molf, Assérac, Le Pouliguen, Mesquer, Pénestin, Camoël et Férel (ces 3 communes étant dans le Morbihan nantais)

- jusqu'au XXème siècle à Batz-sur-Mer

Parce que là aussi il y a incompréhension des gens : il faut bien expliquer que la situation linguistique varie selon les endroits. Ce n'est pas parce qu'on a parlé le breton tard à un endroit qu'il n'a jamais été parlé ailleurs.

Tu devrais publier tes recherches (livre ou revues spécialisées). Les esprits sont lents quand il s'agit de prendre en considération de nouvelles recherches et de nouvelles données. Ce n'est pas demain la veille que les livres qui sortiront sur la frontière linguistique en Bretagne cesseront de prendre la ligne Loth comme référence, vu le poids que représente le personnage dans les études celtiques.


Je suis d'autant plus d'accord avec toi que Jean-Yves Le Moing a publié sa thèse sous forme de livre il y a maintenant 18 ans, et qu'une carte y matérialise on ne peut plus explicitement la nouvelle ligne d'extension maximale du breton. Mystère : elle reste ignorée de tous les auteurs et sites bretons hormis MAEZOE... Je n'ai pas à plagier ce monsieur, qui a très bien signifié tout cela. Le seul but de mon article est de marteler ces faits.

Ras-le-bol de cette ligne Loth qui fait partir le breton de Saint-Nazaire ! Ras-le-bol de ces cartes qui donnent en Pays Nantais une limite linguistique pour le XIIème qui est celle du XVIIème !

Le tout-venant c'est ça (exemples de cartes ou d'affirmations fausses sur internet) :

http://pagesperso-orange.fr/brezhoneg/gwechall.html

Site Généalogie 22 : "Si, au IXème siècle, on parlait breton jusqu'à Dol, Montfort, Blain et Donges,(...)" Carte fausse sur ce même site : http://www.genealogie22.org/01_cg22/som_divers/som_pecos/pecos.jpg

http://www.revue-republicaine.fr/spip.php?article434

Une carte juste parmi trois fausses (!) : http://www.ph-ludwigsburg.de/html/2b-frnz-s-01/overmann/baf4/bretagne/langue5.doc (citation : Vers 1050, il [le breton] se trouvait dans sa phase d'expansion maximale, on le parlait jusque dans la baie du Mont-Saint-Michel et dans la région de Saint-Nazaire)

Ras-le-bol de ce déchaînement d'approximations !!! On ne trouve pas mieux chez les spécialistes qui nous rebattent les oreilles avec leur limite Mont-Saint Michel / Donges (Tanguy, Broudic, Cassard, Abalain, etc). La limite maximale, c'est l'ERDRE.

Je veux aussi prendre les choses sous un angle différent en confirmant les faits toponymiques par des faits culturels intéressants : la présence de mots bretons dans le gallo en est un. Là aussi, une vraie étude reste à faire. Comment se fait-il qu'en 2008, personne n'ait jamais publié un ouvrage de référence sur cette question ??? La Bretagne est non seulement un nain politique, mais aussi un nain culturel pour ce qui est de la qualité et de la pluralité des travaux linguistiques.

Sinon je travaille depuis près de trois ans sur la toponymie bretonne du Pays Nantais, qui reprendra ces éléments si j'arrive un jour à finaliser tout ça ! Le problème est que je ne suis qu'un amateur, et je ne sais pas si mon travail est publiable. Je me demande aussi fanchement si ça intéresse quelqu'un à part les sept ou huit joyeux drilles que nous sommes.

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Re: La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par Tugdu le Dim 4 Mai - 21:24

et bien je pense que contrairement à ce que tudis, que ça interesserait plusieurs centaines de gens, voir mille..
faut etre optimiste ;-)

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Re: La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par Ar Barzh le Lun 5 Mai - 10:47

Tugdu a écrit:et bien je pense que contrairement à ce que tu dis, que ça interesserait plusieurs centaines de gens, voir mille..
faut etre optimiste ;-)


Je le souhaite ! Ma grande difficulté sera (hormis la finalisation qui me prendra du temps, beaucoup de temps) de trouver un éditeur.

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Re: La ligne Loth est fausse : Etude de Gwenedal /Ar Barzh

Message par Ar Barzh le Lun 5 Mai - 11:06

Un petit correctif à mon article : PINFAUX en Vendée se trouve sur la commune de Saint-Philbert de Bouaine, et non à Rocherservière. C'était une marche avantagère au Poitou enclavée dans celles avantagères à la Bretagne, à 20 km seulement au sud de Nantes.

Je persiste à penser que nous avons là un des rares exemples de toponymes bretons situés en dehors de la Bretagne historique (mais juste sur sa frontière). CROMEL à Pontaubault près d'Avranches me semble aussi digne d'intérêt.

Pour la bonne bouche, trouvé sur la page wikipédia de Saint-Hilaire du Harcouët :

"En 911, en cédant aux envahisseurs vikings les terres occidentales de son royaume pour arrêter les pillages et les violences, Charles le Chauve fait entrer Saint-Hilaire (qui était déjà un petit village chrétien à l'époque) dans l´histoire du duché de Normandie. Sa situation de carrefour (Normandie, Bretagne et Pays de la Loire) prédestine la commune comme place forte"

Je ne savais pas que les Pays de la Loire existaient en 911 ; et vous ?

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